Techniques de conservation du sol et crédits de carbone

En tant qu’herbicide non sélectif indispensable aux techniques de conservation du solDéfinition Tout système de travail du sol et de semis qui consiste à laisser un couvert végétal (résidus de récolte) sur au moins 30 % de la surface du sol après le semis, en vue de réduire l’érosion par l'eau. Documents de références et ressources en ligne http://www2.ctic.purdue.edu/Core4/CT/Definitions.html Core4Conservation fait partie du CTIC (Conservation Tillage Information Center) basé à l’Université Purdue (États-Unis)., le paraquat contribue à lutter contre les changements climatiques.Le paraquat est un herbicide total permettant de lutter contre les mauvaises herbes avant la plantation du soja ou autres cultures sans labour.

Les agriculteurs américains peuvent maintenant participer au Farmers Union Carbone Credit Program (programme de crédits de carbone dédié aux agriculteurs), ce qui signifie qu’ils reçoivent un paiement lorsqu’ils utilisent des techniques de conservation du sol, comme le non-labourDéfinition Également connu sous le nom d'agriculture de conservation ou de zéro labour. C'est une façon de cultiver les plantes d'une année à l'autre sans déranger la parcelle par un travail du sol qui utilise des outils montés sur un tracteur. Documents de références et ressources en ligne http://www.no-till.com/index.htm Un portail d’informations en ligne sur le non-labour. et le travail du sol en bande. Ces techniques de conservation augmentent la teneur en matières organiques du sol, ce qui, non seulement, est une bonne pratique agricole, mais également séquestre de grandes quantités de dioxyde de carbone.

Aux États-Unis, les zones rurales ont la capacité d’absorber environ 11% des émissions de gaz à effet de serre qui se chiffrent à 650 millions de tonnes de CO2 chaque année. Les terres cultivées pourraient y contribuer pour 41% et la moitié de cet objectif pourrait être atteint si les techniques de conservation du sol étaient plus largement adoptées. Le Président de la Soil Science Society of America, le Professeur Rattan Lal (Université de l’Ohio), décrit cette situation comme une "stratégie gagnant-gagnant-gagnant, qui aide à lutter contre les changements climatiques, améliore la productivité et protège les écosystèmes". 

États-Unis : Sources potentielles de séquestration du carbone dans les terres agricoles et contribution en cas d’utilisation plus répandue des techniques de conservation du sol (Lal, 2003).

La Soil Science Society of America a récemment publié une série d’articles décrivant la manière dont les techniques de conservation du sol peuvent contribuer efficacement à la séquestration du carbone et comment les agriculteurs peuvent en tirer profit en participant au système de permis d’émission de CO2 (https://www.soils.org/sciencepolicy/caucus/briefings/carbone/)

Le fonctionnement de ce système et la contribution du paraquat sont expliqués dans ce qui suit…

Étude de cas : la M&K Farms du Kansas

Cela fait 50 ans, dans le nord-est du Kansas, que Merle Holle cultive du maïs, du blé, du sorgo et du soja. Il travaille avec son fils sur la M&K Farms à Marysville et tous deux sont de fervents adeptes du non-labour depuis 1990. Abandonner les lits de semences parfaitement propres et les champs labourés a tout d’abord été un acte de foi, jusqu’à ce que les avantages en deviennent évidents. Après avoir constaté les résultats du non-labour pendant 5 ans, la M&K Farms n’imagine plus revenir en arrière. Le non-labour améliore la structure du sol, évite le croûtage et la compaction, diminue l’érosion, limite le ruissellement, préserve les habitats de la faune sauvage et permet une meilleure densité culturale. Même si la quantité d’herbicide nécessaire a légèrement augmenté, les Holle ont constaté qu’ils réalisaient des économies de plus de 20 dollars US/acre en carburant, machines agricoles et main d’œuvre.

Économies réalisées grâce au non-labour à la M&K Farms (* 100 acres = 40 hectares)

Plus étonnant, les quantités de CO2 dégagées dans l’atmosphère par les champs des Holle ont fortement diminué. Le non-labour améliore la structure du sol en augmentant sa teneur en matières organiques, ce qui séquestre le carbone de manière efficace et donc réduit les émissions de gaz à effet de serre. Lors de la saison 2005, la M&K Farms a signé un contrat avec une des bourses du carbone : le Chicago Climate Exchange (CCX, http://www.chicagoclimatex.com/). Les Holle recevront donc un paiement pour chaque acre cultivé en non-labour. Dans ces bourses, les entreprises qui doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de se conformer au protocole de Kyoto ou pour démontrer leur bonne volonté citoyenne ont la possibilité d’acheter des crédits de carbone à des entreprises qui n’ont pas atteint leurs quotas d’émission. Les agriculteurs américains qui adoptent certaines techniques de conservation du sol gagnent des CCX Exchange Soil Offsets sous forme de crédits de carbone. Les agriculteurs peuvent signer ces contrats par l’intermédiaire de groupements, comme ceux organisés par le Farmers Union (http://carboncredit.ndfu.org/).

Éligibilité aux bourses du carbone

La plupart des exploitations du centre et de l’est des États-Unis peuvent bénéficier des CCX Exchange Soil Offsets (bourse du climat à Chicago permettant de compenser des émissions de carbone) : sept zones ont été ainsi choisies en fonction de la capacité de leurs sols à fixer le carbone, dans la mesure où les pratiques de non-labour ou de travail du sol en bande sont adoptées. En général, au moins les deux tiers de la surface du sol ne doivent subir aucune perturbation et au moins les deux tiers des résidus de récolte doivent rester sur le sol. L’utilisation des charrues à versoir, charrues à disques et chisels est prohibée et une culture de couvertureDéfinition Ce sont des végétaux qui ne sont pas cultivés pour l’alimentation, mais pour lutter contre l’érosion et les mauvaises herbes et améliorer la qualité du sol. Ils sont en général enfouis par labour ou autre avant le semis de la récolte suivante, dans ce cas, il s’agit d’un amendement nommé alors « engrais vert ». Documents de références et ressources en ligne http://attra.ncat.org/attra-pub/covercrop.html L’ATTRA est le service national d’information pour l’agriculture durable du NCAT (National Centre for Appropriate Technology). doit être plantée en cas de culture continue de soja, de coton ou de légumineuses.

Dans chaque zone, les agriculteurs reçoivent un paiement correspondant au potentiel de séquestration du carbone de leurs sols. Des taux de séquestration de 0,2 à 0,6 tonnes de carbone par acre sont imputés chaque année sur des contrats qui courent jusqu’en 2010. Des vérifications ponctuelles sont effectuées au hasard pour attester de la conformité des systèmes de culture des fermes participantes. En revanche, aucune mesure de la teneur en matières organiques n’est effectuée, car cette précaution rendait les systèmes précédents trop coûteux à gérer. Le prix du carbone sur le Chicago Climate Exchange varie chaque jour en fonction du marché, mais, sur les 6 premiers mois de 2007, il valait de 3,50 à 4,00 $ US la tonne.

Le rôle du paraquat

En tant que premier herbicide à large spectre mis à la disposition des agriculteurs, le paraquat a permis le développement des techniques de conservation du sol. Le labour et le travail du sol permettent de lutter contre les mauvaises herbes qui font de l’ombre aux cultures et entrent en concurrence avec elles pour l’eau et les nutriments, réduisant ainsi les rendements et gênant la récolte. Cependant, le labour entraîne la dégradation des matières organiques, ce qui dégage du CO2 dans l’atmosphère. Les avantages que M&K Farms a pu tirer du non-labour et de la lutte chimique contre les mauvaises herbes sont exemplaires.
Bien que le glyphosate, herbicide systémique non sélectif, soit souvent utilisé en non-labour, le paraquat possède de nombreux avantages, comme sa rapidité d’action et sa bonne tenue à la pluie. Utiliser le paraquat en herbicide total permet d’appliquer du glyphosate en post-levée sur des cultures génétiquement modifiées tolérantes à cet herbicide, avec moins de craintes de voir se développer une résistanceDéfinition La capacité transmise génétiquement d'une plante/adventice à survivre à une dose d'herbicide habituellement mortelle pour cette espèce. Documents de références et ressources en ligne http://www.weedscience.org/in.asp L’International Survey of Herbicide Resistant Weeds surveille l’évolution des espèces résistantes et évalue leur effet sur l’environnement. Toutes les apparitions confirmées de nouveaux cas sont indiquées sur le site internet. au glyphosate.

Contrairement au glyphosate, le paraquat n’est pas systémique: il ne détruit que les tissus végétaux touchés par le produit. Les racines restent intactes et procurent un effet d’ancrage pour le sol, ce qui limite l’érosion. Le paraquat est également non résiduel, les graines restant dans le sol ne sont pas touchées et peuvent germer pour constituer une couverture végétale. Les plantes cultivées pourront supplanter facilement les nouvelles générations de mauvaises herbes, qui, tout en ne présentant aucune concurrence, contribueront à la séquestration du carbone en étant finalement incorporées aux matières organiques du sol, avec les résidus de récolte.

Pour en savoir plus sur le mode d’action du paraquat, cliquer ici.